Publié le 22/06/2007 à 12:00 par Erasme
Lorsque je dis je vois, je devrais dire je perçois, car ce que je vois n’est peut être pas dans sa forme originelle et absolue. Je perçois une part de la vérité, de la réalité. L’œil voit, mais la conscience interprète cette image. L’animal qui n’a pas de conscience se fit simplement au mouvement en ce qui concerne sa vue, mais se guide avec son odorat. La vue de l’homme est le symbole de sa conscience. La vue est le sens majeur de l’homme. Mais lorsque je vois, j’imagine en fait. Platon voyait l’interaction de l’homme avec la nature de cette façon. Je vois l’Idée de l’objet que je vois. Cela est d’ailleurs logique. Ma mémoire me donne des caractéristiques à associer à d’autres pour former l’idée de l’objet que je vais pouvoir reconnaître grâce à cette image. Je n’écoute pas, je reconnais. Si je ne comprenais pas, j’entendrais simplement. Si je place une image sur une autre afin de voir si elles se superposent, c’est une action d’imagination (littéralement de poser une image à). Autrui aussi est une perception de mon esprit. Je ne vois pas autrui, ne pouvant jamais le connaître vraiment car distinct de moi, mais je le perçois.
L’enjeu est de savoir si, admettant que toutes les réalités se superposent dans la conscience des hommes, la réalité existe dans son unité. N’y a-t-il qu’une réalité ? En fait, la réalité vient de l’existence. Je ne peux être sûr que tout ce que je perçois (et non que je vois) a la forme, la contenance que je perçois, ma vue pouvant étant déformée par ma conscience. Cependant, l’existence ne peut être niée. Descartes ainsi, reniant toute la connaissance qu’il a acquise du monde, vient à cette conclusion : je pense donc je suis. Les preuves de notre existence sont nombreuses et la peur de la mort est la plus frappante, induisant que je suis en vie. Donc je me perçois d’une certaine façon, autrui d’une autre, toutes deux peuvent être différentes de ce que je suis vraiment, mais dans tous les cas je suis, cela est indéniable.
La perception m’aide à connaître le monde. Mon expérience me donne les idées, à la base de la construction imaginaire (au sens littéral) de mon monde. En existant, je fais exister le monde d’une certaine manière car le seul à le percevoir de cette manière d’où la phrase : « Je suis la conscience de l’univers ». Mais si ces mondes vivant sont tous perçus différemment, alors autrui est tout aussi imaginaire que mon monde et que mon moi. Notre conscience nous condamne à la liberté selon Sartre, mais elle nous condamne aussi à la solitude. Ainsi autrui devient un objet de fantasme, où l’on espère toucher cette réalité dont notre conscience nous garde. Nous tentons de vivre au-delà de notre perception. C’est pourquoi l’art, l’argent, et de nombreux autres objets vont nous permettre de nous faire une idée de la réalité transcendante, c'est-à-dire celle qui est avant, par et après nous. C’est également cette notion de vérité que les philosophes cherchent tant, qui va leur permettre de réaliser la réalité dans leur personne.
Publié le 22/06/2007 à 12:00 par Erasme
Autrui ne naît pas au monde avec nous. Autrui naît lorsque je comprends que ma mère et le monde sont une part différente de moi. A ce moment là autrui naît.
Autrui est une peur. Il est potentiellement dangereux car pouvant me ôter la vie. Mon existence dépend de la sienne en quelque sorte. Il me faut donc l’apprivoiser, le comprendre, m’en éloigner ou le tuer afin de faire face au danger qu’il implique du simple fait de son existence. Autrui a toujours été martyrisé, massacré même dans l’histoire de l’humanité. Dans la Grèce antique, les étrangers étaient appelés barbares (étym. Qui ne parle pas le grec). Ainsi celui qui n’est pas comme moi (d’un certain point de vue), est à rejeter car, ne connaissant rien de lui, il est potentiellement dangereux. C’est bien sûr toute l’histoire malheureuse du racisme, des religions, de la colonisation, des discriminations, qui ressort avec ce thème d’autrui.
Malgré cela, autrui a une part importante si ce n’est essentielle dans la formation du sujet. Sans autrui, sans la comparaison que cela implique, comment pourrais je me connaître ? Sans le bien, pas de mal et sans autrui pas de sujet. Le sujet naît avec la pluralité, qui commence avec deux, un sujet et autrui. Autrui me définit et me juge. Il me reconnaît. En criant mon nom, il valide mon existence. En me regardant, il reconnaît le sujet que je suis. C’est d’ailleurs pourquoi le regard des autres a toujours eu une si grande place dans la société. Les gens qui n’ont que faire du regard des autres sont appelés marginaux et sont amenés selon la logique à vivre en marge de la société.
La société est une notion importante dans mon rapport avec autrui. La société nous force à vivre en paix et avec autrui. Je reste cependant vulnérable à lui. Je ne peux tout lui révéler sur mon être, sans quoi il peut user de cette connaissance à des fins qui me seront peut être préjudiciables. Vous ne révélez vos secrets qu’à vos meilleurs amis, et ce depuis toujours. Cet instinct de survie vous forcera d’une manière ou d’une autre à renier autrui.
Autrui ne me connaît pas. Il me reconnaît seulement, dans la perception qu’il a de moi et qui ne peut être la même que la mienne. Autrui se présente comme une limite. Je ne peux pas aller au-delà de l’image d’autrui ? Je ne peux être lui, car je suis être unique et destiné à le rester. Il y aura toujours un étranger entre nous. Autrui prend part à ma solitude. Je ne connais pas le monde de manière sûre, et ne connais pas autrui non plus. Je ne suis donc plus sûr de me connaître moi. Autrui forme les contours du sujet.
Publié le 22/06/2007 à 12:00 par Erasme
La beauté est présente dans toute l’Histoire de l’humanité. Cependant, son rôle et son importance dans le courant de la pensée divergent selon les périodes et les mouvements philosophiques qui s’y rapportent.
Ainsi dans l’Antiquité (car il est bon de commencer par le commencement), la beauté a grandi à l’ombre de l’harmonie, forme de beauté incontestable. En effet, pour les philosophes de cette période et notamment pour Platon, l’harmonie est la forme de sagesse la plus pure. Cette notion du Tout sera à la base des racines philosophiques jusque dans les temps modernes : l’Homme recherche le sens de sa vie dans l’harmonie du Tout duquel il fait partie. Mais l’on sait également que l’art dans la Grèce antique avait une valeur supérieure à la technique dont l’application est réservée aux esclaves. L’art, du fait de ses racines abstraites, obtenait alors un statut presque équivalent à la philosophie étant recherche d’une sagesse de l’esprit et d’une beauté universelle.
Dans un second temps, à l’époque médiévale, le monde germanique (l’expression occidentale n’existait pas encore) soit l’Europe était plongé dans la religion et notamment le succès rencontré du christianisme. La beauté, qui dans son idéal est perfection, devient Dieu et l’homme s’oubli devant la grandeur de l’être suprême. La notion de culpabilité traitée dans la Bible avec le mythe d’Adam, emportera pour longtemps avec elle la légitimité du bonheur de l’Homme, condamné à travailler selon les textes sacrés et devant racheter sa place au Paradis, symbole de la perfection et donc de la beauté. Aussi, la sexualité prend un tournant alors qu’elle devient condamnable et mauvaise par nature. Le romantisme qui pourrait découler ainsi de l’Amour se disperse pour laisser place à l’Amour de Dieu et à son dévouement.
Mais les temps contemporains (XVIII) vont voir apparaître une revendication forte de l’Eglise commencée avec Copernic et la démonstration de la terre, devenant globe et périphérie du système solaire (et non centre). La toute puissance de la raison (Descartes), qui détermine notre seul jugement et notre seul existence (Je pense donc je suis) sont préambules au romantisme inhérent. Le romantisme sera avant tout placé devant l’idée de Nature, et en cela constituera un retour aux pensées de l’antiquité sur l’harmonie de la Nature. Cette Nature est belle et parfaite ce qui est argument suffisant pour créer une substitution divine. La Nature selon les philosophes diffère de « nature », divine ou naturelle. Elle reste un objet de contemplation, en témoigne le renouveau de la poésie à cette époque (Baudelaire).
La beauté est ce qui comble l’âme humaine car elle est sans fin au sens sans finalité. Elle rejoint de ce fait l’art qui n’a pour seul but d’exister son existe même. Clarifions en disant que la technique a pour but de rendre le travail moins pénible alors que la beauté se suffit à elle-même et , mise à part l’extase pouvant en être tirée, la beauté n’a pas grande utilité. Elle est d’autre part à la même manière que la pensée la définition de l’être humain capable de jugement. L’animal ne juge pas mais se méfie. Il ne juge en aucun cas la beauté. La Beauté par la revendication faite à la philosophie par les linguistes, qui ont une idée des Idées et des mots qui les définissent préjudiciables aux systèmes de pensée utilisée depuis des siècles. La liberté est un mot qui définit quelque chose de très large et de très impalpable finalement. Les mots sont présentés par les linguistes comme dangereux du fait de leur intervention illusoire. Par contre, et c’est tout le sens de la Beauté, si l’esprit ne peut penser sans le langage qui est à double tranchant nous venons de le voir, la beauté est elle au-delà des mots. C’est la raison pour laquelle la poésie est une expression abstraite qui va au-delà des mots. La beauté pourrait ainsi être ressentie sans être exprimée pour autant sans l’existence du mot. La beauté est la preuve sensible de notre pensée, de notre capacité de jugement, et justifie de ce fait la recherche de l’harmonie, de la perfection qui lui a servi si souvent, et à juste titre, de substitut.
Erasme
Publié le 22/06/2007 à 12:00 par Erasme
Notre existence est propulsée dans le temps d’une manière assez dramatique car incontrôlable. Cette existence, ce moi, cet univers que l’on se construit est prédestinée à une mort immanente de l’être. Cette angoisse du temps, qui semble fuir et nous user, nous terrasser nous fait autant réfléchir sur la notion de temps que sur les questions existentielles qui en découlent : quel sens peut on donner à cette existence si toute fois elle a un sens ? Comment vivre dans l’absurdité du temps et l’angoisse de la mort ?
Pour Husserl (1859-1938), le temps n’existe qu’à travers la conscience. Si je ne me souviens pas, si je ne vois pas la fin d’un mouvement, je ne peux pas dire qu’il est passé, et que le temps a exprimé une durée. Vivre dans le présent, c’est détruire le temps. La notion du temps est donc absolument subjective car humaine, et car provenant de la conscience et donc d’une certaine perception de celle-ci. Cette démonstration est une forme de la théorie de la relativité (Einstein).
Rousseau (1712-1778) donne une vision originale et humble de l’existence dans Les Rêveries du promeneur solitaire. Il y décrit l’existence comme seul but de l’existence même. Ainsi, il propose une harmonie de la nature, du temps et de l’esprit qui serait à l’origine du bonheur absolu. Cette thèse de l’existence pour elle-même est très nietzschéenne dans son concept, bien que Nietzsche critiquera très fortement les Lumières quant à leur idole de la raison, donnant à l’existence un but qui n’en est pas un. Il faut nous détacher de nos idoles pour voir en la mort, l’occasion de vivre délibérément. Kierkegaard (1813-1855), dans Sur une tombe , voit l’existence plongée dans une grande liberté, car nous vivons malgré tout, et conscient de tout. C’est l’existence qui prévaut sur la conscience et la liberté sur la mort. Sartre (1905-1980) dira dans l’Etre et le Néant, de la mort être un envers de la vie, mais sans possibilité d’influence sur l’existence, « elle me laisse libre mortel ».
Enfin, Aristote (-384-322) dans sa Physique, donne naissance à deux notions fondamentales : entelecheia qui est le fait accompli et energeia le fait accomplissant. La mort est fait accompli alors que la pensée qui la pense est energeia, en train de la penser, il est donc impossible pour un vivant de pouvoir imaginer, ou comprendre la mort, car nous ne sommes pas de sa nature. Cette nature autre, inatteignable même par la pensée, qui nous garde de la mort est l’envers de la vie dont parle Sartre.
Publié le 22/06/2007 à 12:00 par Erasme
Chers internautes,
Lephilosophe a été créé spécialement pour les élèves de terminale, souhaitant préprarer au mieux leur épreuve de philosophie au baccalauréat, et approfondir leur connaissance dans ce domaine. Pour ce faire, un cours concis thématique sera mis à votre disposition ainsi que de nombreux repères sur les auteurs, des faits de société et d'histoire.
Ce blog sera aussi bien évidemment le lieu de prédilection pour les penseurs en herbe. Vous pourrez vous exprimer sur des sujets libres ou déterminés sur le site. La meilleure dissertation du mois accompagnera l'édito du mois.
Pour cet édito qui marque la naissance de ce blog, je me dois de présenter la matière philosophique et de lui donner un cadre propice où elle pourra s'exprimer et trouver un sens à son existence.
A quoi ça sert de philosopher? (me demande t on souvent)
Pour aller au plus court : à penser. La philosophie est un exercice très superflu et très nécessaire (pour reprendre une formule de Voltaire). Superflu car la personne ne désirant pas penser, peut se passer de philosopher. Nécessaire car cette même personne doit s'interroger et comprendre pourquoi elle peut légitimement se passer de philosophie, et en d'autres termes philosopher. La philosophie vient du grec, et signifie étymologiquement l'amour de la sagesse. La philosophie nous permet de devenir sage. Mais qu'est ce qu'un sage?
Le premier sujet est lancé, à vos plumes