L’histoire de la philosophie date des débuts de notre civilisation. Ceci est d’ailleurs un repère à une matière non seulement fondamentale de notre culture, mais aussi et surtout nécessaire.
C’est pourtant seulement au début du XXème siècle, que l’hypothèse de l’inconscient verra le jour, à travers les travaux fructueux de Freud (1856-1939), un neurologiste autrichien.
Sa théorie repose sur l’existence d’un ça, d’un inconscient, qui est le berceau de nos pulsions instinctives, et dans lequel est refoulé une partie de nos sentiments, incompatibles avec notre environnement (désir de tuer…), et de nos souvenirs, majoritairement hérités de notre enfance.
On retrouve des traces de cette théorie chez certains philosophes, qui ont compris les enjeux du corps, et de son influence sur l’esprit. Ainsi Schopenhauer (1788-1860), dans Le monde comme volonté et représentation (1859), oppose la vision classique de l’être en tant que connaissance consciente, à la volonté, qui détient la substance de notre humanité.
Il nous faut tout d’abord décrire la vision classique du sujet. Descartes a pourvu notre culture d’une vérité fondamentale, je pense donc je suis. Mais en affirmant cela, il affirme par la même que ce qui définit l’homme est la pensée. Or cette pensée dénature l’être humain, qui peut croire en l’âme avant le corps et donc après celui-ci, ce qui revient à une pensée religieuse, que Schopenhauer récuse. Cette sacralisation de la pensée donne également un rôle moteur à l’intellect et à la raison dans la formation du sujet. Ce raisonnement est pourtant limité, car la pensée ne peut être détachée du corps. Elle née avec celui-ci et meurt avec celui-ci. On peut donc en déduire que la pensée est un prolongement du corps et que ce dernier l’influence fortement. Cette volonté immanente à la vie, qui se dirige à travers la conscience, est la volonté que tente de mettre en relief Schopenhauer. La volonté intervient avant la conscience et l’intellect, qui ne sont pas représentatifs du sujet et indivisible. L’on peut perdre ces qualités, mais la volonté (de vivre) subsiste. Au fondement de la vie, elle doit être aux prolongements de celle-ci.
Spinoza (1632-1677) dans Ethique (1677), dit qu’on ne sait pas tout ce dont le corps est capable, prenant l’exemple du somnambulisme. Le corps semble bien avoir une indépendance au sein d’un même être. Tout n’est pas effet de conscience. Je ne décide pas de respirer. Cette action est absolument mécanique. Je peux couper ma respiration, mais cette dernière reprendra le dessus, telle une force, un maître de l’être. Mais si cette conscience est soumise à l’être, au corps, on peut se demander si elle a véritablement l’indépendance qu’on lui a attachée. Cette dualité entre la conscience et le corps est une induction de l’inconscient.
Nietzsche (1844-1900) dans les Fragments posthumes (1883-1888) renverse nos acquis sur la cohérence de l’humanité et sur ses objectifs. Pour lui, nous tendons vers nos désirs, mais ces désirs ne sont pas décidés par nous-mêmes, ils vivent à travers nous, malgré nous, ce qui nous cache leur cause et les effets qu’ils recherchent. Nous obéissons à ceux-ci, nous les manipulons leur donnant des formes diverses. L’être humain croit en certaines idoles et représentations du monde, mais les divergences de ces croyances n’influent pas sur l’humanité toute entière qui se meut comme un seul homme vers ce que Nietzsche appelle « la cohésion véritable », à savoir la reproduction. En croyant à la conscience, nous croyons à ce vers quoi elle nous mène : des représentations. Mais nous nous oublions de cette façon, car reniant le sujet (étym. Qui est en dessous) de la vie. Encore une fois, ce dialogue philosophique du sujet et du corps, est une nouvelle tentative indirecte de prouver l’inconscient.
Freud a évidemment explicité clairement sa position. Dans Métapsychologie (1915), il montre que la conscience ne peut tout expliquer, et en particulier ne peut expliquer tous les fondements de nos actes. Les maladies et troublent psychiques sont pour Freud la preuve évidente d’un mécanisme caché, intérieur au patient. Je ne peux voir en moi comme dans un miroir. L’inconscient ne peut d’essence pas être perçu consciemment. Freud prouve son existence en décryptant des messages qui reviendraient à la conscience (via les rêves, l’hypnose, les actes manqués). Parallèlement, une anecdote à retenir est l’origine du mot maladie, qui signifie mal à dire. Il y avait déjà un pressentiment de l’existence d’un moi en deçà du moi conscient. Mais l’apparition de l’inconscience provoque un choc dans la philosophie du sujet. L’unicité du sujet est remise en cause, et donc la définition du sujet même. Le sujet ne peut persister que si la conscience est prolongement de l’inconscience. Si l’on clame son indépendance, on induit par la même son aliénation, étant deux dans un. Cette dualité, retrouvée dans de nombreux mythes et la confrontation du bien et du mal, a été aussi pressentie, en témoigne les héritages culturels du thème du double. En donnant foi à la première hypothèse, la conscience n’a plus de sens. A quoi servirait la conscience dénuée de pouvoir, car influencée en premier lieu par l’inconscience dont elle est le prolongement ?